|| Chapitre I ||
{Chaque être humain est censé avoir une personnalité unique,
être ce qu'aucun autre ne peut être exactement,
et faire ce qu'aucun autre ne peut faire exactement.} [Channing]
Il est là.
Seul. Au milieu de la foule.
/ Solitude: douce absence de regards [Kundera] / Et
moi, simple démiurge, je le guette secrètement. Il ne se doute de rien. La machination parfaite. Comme Dieu, je contemple mon monde du haut de mon siège. Je suis cachée, en arrière-plan. Je fais partie intégrante du décor...et pourtant...Je ne vois que lui.
/ Si l'on est différent, il est fatal qu'on soit seul. [Huxley] / Ma vue se brouille à son approche ou bien se précise-t-elle a contrario ? Je ne saurais le dire avec clarté. Mes repères ont disparu depuis que Je l'ai repéré au centre des inattentions. Pourquoi me semble-t-il si
différent ?
/ Nous n'aimons un être qu'aussi longtemps que nous le croyons différent des autres, et aussi nous ne le croyons différent des autres qu'aussi longtemps que nous l'aimons. [Deval] / Je l'apprivoise de mes sombres iris et suit les lignes de son visage. La mâchoire est bien tracée, ses lèvres n'expriment rien, sinon la neutralité la plus complète, ses yeux m'attirent inexorablement, ses sourcils sont légèrement froncés, suggérant à sa figure un air sérieux empreint d'une certaine impatience et des mèches de cheveux foncées retombent sur son visage, l'assombrissant un tant soit peu. Il se tient droit et a de l'allure contrairement à la masse grouillante autour de lui.
/ Il y a peu de différence entre un homme et un autre, mais c'est cette différence qui est tout. [James] / Il m'apparaît évident qu'il ne se trouve pas au bon endroit, qu'il n'est pas à sa place ici, dans ce bus plein à craquer. Sa tête s'oriente à droite, puis fait un mouvement vers la gauche, parfois il regarde droit devant lui, mais il ne me voit pas. Je suis
invisible. Il a un comportement très étrange. J'ai l'impression qu'il se sent presque mal à l'aise. Peut-être est-il claustrophobe ? On sent qu'il a besoin d'un espace vital plus large. J'essaie d'imaginer comment il vit au quotidien. Aime-t-il rire ? Aime-t-il la musique ? A quoi passe-t-il son temps ? Comment est-il avec ses amis ? Est-il amoureux, romantique peut-être ?
Je suis obligée de décrocher mon regard de cet homme. Il me subjugue tant par son naturel, sa posture même ! Malgré tout, je dois descendre à mon arrêt et, à contrec½ur, je quitte ce
parfait inconnu. Encore quelqu'un que je ne reverrai sans doute jamais au cours de ma vie. Las, je prends la direction de mon chez-moi. Je me sens extrêmement
seule et agacée par la monotonie de mes journées. Je m'enferme de plus en plus dans ma
solitude tandis que je prends péniblement le chemin du retour.
/ Au fond, c'est ça la solitude : s'envelopper dans le cocon de son âme, se faire chrysalide et attendre la métamorphose, car elle arrive toujours. [Stindberg] / Je me trouvais dans mes songes lorsqu'on m'aborde, assez brutalement d'ailleurs.
[...]
(une étoile brillante perdue dans l'immense firmament)